Alarmes : Amies en larmes ou ennemies à l’arme ?

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La fin d’un rêve?

Les alarmes indiquent un danger pour la vie, dissuadent, signalent un danger pour les biens, elles sont stressantes, parfois mélodieuses, elles réveillent, elles rappellent à l’ordre, indiquent une défaillance, nous renvoient à la dure réalité, la froide réalité. Oui, une réalité métallique plane au dessus de nos rêves, et les cryogénise pour un temps en refaisant surface à sept heures du matin pétantes.

Cette réalité, c’est d’abord celle de l’Ordre. N’importe quelle alarme renvoie à un pouvoir hiérarchique supérieur à celui qui l’entend. L’alarme de notre téléphone nous réveille un beau matin de Lundi : c’est notre patron en personne qui nous réveille.
Lui-même, ce patron tyrannique s’est fait réveiller peu de temps avant par son alarme. Cette alarme, c’est la fin du monde des symboles pour le début du monde réel, le monde de la production, de l’accumulation, et de ses responsabilités face à cela. Son alarme lui rappelle ce que Marx disait : « Les dominants sont dominés par leur domination ». Ainsi, on comprend que les alarmes sont l’expression de la toute-puissance du réel sur le monde symbolique. Retour à la réalité ! Une alarme annoncera toujours la fin d’un rêve.

Les sentinelles du pouvoir

Une alarme effraction dans une maison est l’expression la plus pure du concept de propriété. Dans le monde symbolique, le monde appartient à tout le monde et tout le monde appartient au monde. Dans le monde réel, c’est-à-dire le monde parcellisé, la propriété quadrille l’espace réel.

Une alarme indiquant une défaillance de l’installation est l’expression la plus pure de la performance technologique. En effet c’est la machine elle-même qui nous indique que quelque chose de défaillant entrave à sa bonne fonctionnalité. Peut-on encore parler de machines ? Bientôt elles se soigneront elles-mêmes, quand nous, humains, devront être réparés comme des machines. D’ailleurs, une machine ne doit pas être analysée comme objet mais bien comme sujet. Ceci pour plusieurs raisons, mais nous n’en citerons qu’une ici. Une machine ne marche pas toujours. Cela veut dire qu’elle ne dit pas toujours « oui », elle peut aussi dire « non ». Hors, souvenons-nous de Sartre quand il dit que la liberté, c’est le pouvoir de dire « non ». La machine possède ce pouvoir, donc la machine n’est pas un simple objet. (d’ailleurs, qui n’a jamais rêvé de réduire son ordinateur en miettes lorsqu’il fonctionne mal de la même façon qu’on aurait massacré son pire ennemi ?) Fin du rêve utopique de la perfection technologique.

Une alarme indiquant un danger pour la vie est l’expression la plus pure du pouvoir politique. En effet, l’action d’un pouvoir politique ne s’exprime pas de par le fait que celui-ci a le droit de vie ou de mort sur ses concitoyens, il s’exprime de par le fait qu’il parvient à maintenir en vie ses concitoyens. Subtile différence qui change tout. De là on peut comprendre cette société thérapeutique, surprotégée, où chaque mort est un affaiblissement du pouvoir. Tous ceux qui meurent, au sein de nos sociétés occidentales résonne comme un constat d’échec car précisément celles-ci ont exclu la mort dans un système de pensée ultra rationalisé totalement impuissant face à cette inconnue qui dérange. Chaque mort symbolise dans nos sociétés occidentales la défaillance d’un système. Un homme mourant d’un cancer symbolise la défaillance du système médical. Un accidenté de la route symbolise la défaillance du système des transports. Une femme qui mourra « de vieillesse » (si tant est que ceci veuille dire quelque chose !) sera un outrage à notre système de pensée, notre vision de la vie où la mort a depuis longtemps été parquée dans des cimetières cachés par des murs de trois mètres de hauteur. Chaque mort affaiblit le pouvoir, car ce dernier ne peut rien donner en échange. Voilà pourquoi l’acte le plus révolutionnaire sera le suicide spectaculaire, pensons aux personnes s’immolant par le feu lors des révolutions arabes, parce que le pouvoir :

- ne parvient pas à maintenir en vie les personnes qu’il domine

- ne peut rien répondre en échange de la mort

L’échange symbolique est impuissant face à la mort.

Ennemies à l’arme

Une alarme indiquant un danger pour la vie, avant d’être une amie bienveillante nous avertissant d’un danger, symbolise d’abord, et ce admirablement, le pouvoir : c’est le signe le plus pur, le plus explicite de sa domination. Ce dernier s’exprime à travers le matériel (c’est-à-dire ce qui nous entoure en permanence, pouvoir omniscient!) pour nous empêcher de mourir, et donc si vous avez suivi, pour empêcher que lui-même ne meure.

De tout ceci découle l’idée selon laquelle plus il y a d’alarmes, symbole sécuritaire pur, plus le pouvoir se démultiplie, se renforce et persévère dans son existence. C’est à travers des sonorités stressantes, presque hitchcokiennes qu’il s’exprime. Le leurre va s’intensifier : dans cette recrudescence des alarmes, sous couvert de nous protéger, c’est d’abord à sa survie que l’appareil du pouvoir pense.
En évanouissant peu à peu la possibilité d’une liberté de mourir, nous mourrons malheureusement déjà un peu. La fin du rêve. Et c’est sûrement au peuple de tirer la sonnette d’alarme.

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